L'ardeur du rangement et de l'encouragement...

Remettre les choses à leur place. Un rituel,une injonction, une illusion de plénitude de l'environnement matériel et humain ? Cette question de la place de chacun.e est brûlante en ce nouveau siècle. On ne cesse de parler des mouvements guerriers d'appropriation du territoire des autres, ceux des minorités ethniques ou religieuses qui semblent toujours de trop là où ils posent leurs rêves d'enracinement ou d'intégration, quand il ne s'agit pas tout simplement de revendiquer leur droit ancestral parfois millénaire à occuper les lieux et les cerveaux. Le métissage compliquerait les enjeux, mais c'est pourtant ce à quoi aspirent les populations amenées à modifier leurs habitudes de vie en renonçant partiellement ou définitivement  à l'usage d'une certaine langue maternelle. Les places se gagnent et se perdent, la langue aussi avec les pouvoirs qu'elle recelait. C'est un drame permanent et à la fois une chance pour les plus jeunes d'enrichir leur humanité. Mais les risques d'échec sont nombreux, et le maintien dans des camps de transit ou de rétention les aggravent encore davantage. L'histoire de mon oncle maternel, réfractaire au STO et déporté à DACHAU est très présente dans mon esprit lorsque je regarde ce qui se passe dans le monde et en Europe  aujourd'hui. Les mêmes causes produisent les mêmes effets de déshumanisation et de catastrophes humanitaires collectives. Ramené à l'échelle familiale, il y a ceux qui s'en  sont sortis, qui s'en sortent encore et ceux et celles qui sont resté.e.s "sur le carreau", assigné.e.s à la place des sinistrés, des désastreux, des marqué.e.s à vie... des morts précoces... Je ne sais pas encore comment écrire tout cela pour le rendre partageable. Je ne sais pas non plus si cela revêt une importance suffisante  pour contrecarrer l'idée d'une évocation surnuméraire, une de plus... Mais je vois déjà le film... Son décor Lyonnais... et mêmes les comédien.n.es qui pourraient incarner les personnages... Jeanne MOREAU aurait été , si elle avait accepté, ma mère me racontant son histoire, sur son dernier lit d'épuisement. Aujourd'hui, je vois Sandrine BONNAIRE dans le même rôle... C'est idiot, tout cela , mais mon imagination n'est jamais à court pour sublimer ces événements familiaux... Maintenant que j'ai vu Benjamin BIOLAY dans le film LA DOULEUR en excellente doublure de  Denys MASCOLO, je le vois  dans la peau de mon oncle... Je vais m'arrêter là... Le livre doit être réécrit, il est en pénitence depuis plus de dix ans. Je l'avais envoyé à P.O.L, à personne d'autre... même avec recommandation, il l'a refusé et renvoyé au bout de huit ou neuf mois en s'excusant, avec un mot très gentil, le tapuscrit s'était perdu... mais il n'a énoncé aucun encouragement à persévérer, d'où ma déception, mais non mon étonnement. J'en ai déduit que je n'étais pas prête, ni assez crédible et disponible dans mes velléités de publication nationale. Il a bien fait, c'était un premier jet encore très pétri d'émotion , écrit trop vite et il y avait "beaucoup de choses qui n'allaient pas"...  Mais il s'était dit touché... et je ne retiens que cela. Maintenant qu'il est mort, je me dis que je n'aurai plus jamais l'honneur de lui renvoyer un nouveau livre, plus abouti. J'aimais sa façon d'éditer, au plus près des auteurs qu'il choisissait, dans le respect de leur singularité et dit-on à la bonne distance. Emmanuelle PAGANO en parle bien.