L'Ardeur comme une peur...

 

Depuis quelques jours je n'écris pas ici. Je me réserve comme si les mots ne voulaient pas voleter sans raison assumée. Je pense à plusieurs choses à la fois et je mélange le dehors et le dedans sans pouvoir faire cesser le mouvement qui finit par être pénible à vivre. Cela ne m'étonne pas vraiment, les époques ne cessent de se superposer dans mon esprit , j'y flotte littéralement. Les choses concrètes, ces histoires de maisons familiales à quitter envahissent presque tout le champ des conversations. Il faut attendre, il faut choisir et ne pas se tromper de route au carrefour des ambivalences. Je cherche des signes, des poteaux indicateurs dans mes intuitions, je réclame aussi une lucidité maximale qui ne soit pas un argument de frustration masochiste. La perte est en vue, à perte de vue justement, il faut s'y habituer progressivement. Ne pas dramatiser, ne pas banaliser non plus. En revenant hier au soir du film  LA DOULEUR, d'après le livre de Marguerite DURAS, j'ai compris que je n'épongerai jamais l'hémorragie de sens. L'histoire familiale, incluse dans celle de la génération des parents et grands-parents me colle à la peau, elle est physique... Une femme sous l'occupation allemande m'a transmis toute son Ardeur, pour résister à la peur... Au prix d'une mémoire indélébile... Marguerite Duras ou ma mère, c'est pareillement enregistré... Je ne peux pas être plus claire aujourd'hui, et je ne m'en veux pas...