Béatrice de Jurquet , Quand j'ai eu tous les âges

 

Où ai-je appris l'autre langue

l'informulée

langue d'intuition

 

l'autrefois en pays étranger

j'avais aussi des mains

une âme sonore pour mon enfant

 

mieux vaut ne pas penser, à peine

si je peux

au saccage et aux mères aux enfants

 

on voudrait que ça change :

ce qui se trame l'est à bas bruit

 

 

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Emotive      Cendre éteinte

J'ai sommeil   j'ai faim   j'ai soif

Est-ce que je mange ma faim, bois ma soif

           et dors mon sommeil !

 

Laper un bol de temps, comme ça d'un coup

Ce doit être en rêve que j'ai grandi

Finis ton rêve et réveille-toi

 

Vivre m'a saisie par les cheveux

Mais quand les dieux ont bien voulu

Essuyer mon visage, quelle merveille !

 

 

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Quand j'ai eu tous les âges les choses

dans leur nuit se sont mises à dire

que l'eau douce je l'appellerais ma fille

sable bruissant je lui dirais mon fils

 

Aux animaux

qui nous regardent toujours dans les yeux

je parlerais comme à n'importe lequel d'entre nous

 

et les esprits qui dansent

ce sont des mots pour dire qu'on est heureux

 

 

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Le bonheur ne possède rien.

Mouvements secrets de l'air, celui qui supporte la charge

et ne pèse pas.

Le dernier grain de sable retourné devient

le premier à bouger, c'est une musique de silence.

 

La chambre de personne, le sommeil de personne,

l'ombre de personne. 

 

 

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[La poésie]

Et, quoi qu'elle dise du néant, elle fait l'éloge de la matière.

Sa matière première n'est pas isolable. Volatile,

discrète, conductrice,virtuelle même. Une conscience cellulaire. 

 

 

 

Béatrice de JURQUET, Si quelqu'un écoute, La Rumeur Libre Edition,2017, p.45,48,63,77,107.