Décalage horaire

Une note pour un jour qui m'a plu. D'abord le démarrage tranquille, un lever tardif, mais pas trop non plus, l'appartement calme et aucune obligation de sortir en journée. Des discussions faciles au milieu des meubles, j'ai vaqué sans vitesse, à mon rythme lémurien, me suis lavée et habillée dans l'idée de rencontrer le cercle amical, avec joie et goût pour l'inattendu. Je n'ai pas écouté la radio, ni ouvert la télévision. J'ai consulté mes mails, surfé un peu sur mon espace de réseau social en faisant quelques visites dans le voisinage virtuel. J'ai lu, écrit et en fin d'après-midi, je me suis sentie complètement disponible. Petit détour capillaire pour raccourcir les mèches et recolorer les racines blanches sans paraben, retrouver à nouveau une tête prête à porter qui passe inaperçue dans la rue. Complicité avec cette coiffeuse que je connais depuis quinze ans et avec qui les échanges sont très agréables, sujets simples, on parle de la vie, de l'actualité, et on plaisante volontiers. J'admire son courage de supporter une clientèle parfois pénible, et surtout de rester debout toute la journée. Elle fait des tas de choses après sa journée de travail, vie ménagère à l'ancienne, chez elle, l'homme met encore les pieds sous la table, il bricole dehors, ils ont eu un enfant sur le tard, né avec une malformation du tube digestif , il est scolarisé, il bénificie d'un accompagnement personnalisé depuis l'école primaire qui a failli être supprimé en raison de la menace de disparition pour les contrats aidés d'auxiliaire de vie  et elle en parle comme une mère normalement attentive et suffisamment anxieuse pour veiller au grain. Tout paraît cadré et rassurant pour permettre une vie familiale de bon aloi . Il suffit de tenir le cap, ne pas tomber malade et profiter des bons moments. Une femme solide et joyeuse qui suscite mon respect et mon empathie. Beaucoup de blagues entre nous et nous nous arrangeons pour fixer les rendez-Vous en dehors de la présence de sa patronne qui me coupait les cheveux auparavant mais qui me faisait beaucoup moins rire. Je prends conscience de l'importance des personnes à qui je confie ma santé et mon corps au long des années, et je m'aperçois que je n'accorde pas facilement ma confiance à des gens inconnus, notamment lors d'examens et de soins hospitaliers. L'anonymat et le turn-over me donnent l'impression de ne pas pouvoir exprimer ce que je ressens et ce que je souhaite pour aller mieux. Je ne fais pas partie des gens qui confient leurs problèmes facilement et à n'importe qui en ne regardant que la fonction et le diplôme, ceux qui sont prêts à supporter une certaine maltraitance dûe à l'incompétence ou à une vitesse d'exécution des actes préjudiciable en raison du manque de dialogue et d'écoute. S'y ajoute cette impression souvent décrite d'être seulement un numéro dans une file d'attente ou une carte bancaire solvable à débiter cash. Je suis très sensible à la qualité de l'approche et suis assez redoutable dans mes réactions lorsque j'en décèle les failles ou les insuffisances. En vieillissant, ce phénomène s'aggrave alors que je pensais que ce serait le contraire. Je ne suis pas fière de ce constat. Peut-être que la dépendance future dans le grand âge, si je l'atteins, me rendra plus patiente dans ce domaine. Pour l'instant, je me surveille vaguement et je réserve mon indulgence à mes propres défauts de bienveillance à l'égard de ma santé. Je reste persuadée, à tort sans doute, qu'on est que partiellement responsable des maux dont on souffre. La part qui m'incombe me paraît souvent trop exigeante à l'égard des efforts qu'elle requiert. Et ce n'est pas la politique culpabilisante du Ministère de Santé qui va arranger les choses. Mais je ne vais pas entrer dans les détails, pas ici en tout cas.

Ce soir, un Rendez-vous unique : Thierry RENARD invité par un cercle de psychanalystes Lacaniens pour parler de sa poésie et de lui. J'en reparlerai demain.

Au retour, en replay je vais visionner l'émission de François BUSNEL La grande Librairie Charles JULIET est invité, aux côtés de Catherine CAMUS qu'il apprécie bien et de Marceline LORIDAN-IVENS qui est devenue une femme très libre après son séjour en camp de concentration... Deux autres invité.e.s que je ne connais pas malgré leur médiatisation et que je vais découvrir.