SI QUELQU'UN ECOUTE

Les mots ne cessent pas d'entrer et sortir de mes pensées. Trop d'émotions accumulées. J'ai besoin de prendre du recul mais sans forcer les choses. Le corps est encore ramolli par la grippe et je n'ai pas l'énergie que je voudrais pour faire tout ce qui me plairait. J'alterne les moments de lecture, le repos et les petites tâches de maison sans zèle aucun. Il me suffit de pouvoir poser mon regard sur les choses familières rangées comme si elles l'étaient pour l'éternité, tout en sachant de mieux en mieux qu'il n'en est rien. Je m'interroge sur cette propension à aimer  des décors rassurants par leur fiabilité. Je les quitte pourtant volontiers si l'énergie est suffisante, mais j'ai toujours du mal à partir, à laisser. Je transporte au fond du moi une inquiétude venue de l'enfance, et qui a à voir avec les séparations tragiques vécues dans la famille. J'y puise une compassion infinie pour ceux et celles même inconnu.e.s qui la vivent et je pleure facilement lorsque je rencontre de telles histoires.Je suis pourtant adulte, mais jamais je ne me suis endurcie à ce propos. J'aime en parler avec des gens que ça concerne ou que ça fait écrire et même créer . Le poème est sans doute pour moi le lieu de toutes les endurances même s'il est incompétent pour éliminer la douleur morale récidivante. Il est comme un pilier où je peux attacher ma barque de larmes contenues. A sa lecture silencieuse, il me laisse écoper ce qui déborde pour pouvoir flotter à nouveau dans la vie ordinaire. Celle qui exige de savoir perdre ce qui compte le plus, à petites doses, ou brutalement. Je ne sais pas me distraire de ce type de préoccupation, je ne sais pas prendre les choses à la légère. Tout a un poids et un sens pour moi. Les êtres superficiels et insouciants me décontertent, je me sens différente d'eux. L'humour me sert toujours de cache-misère, je l'emploie surtout pour prendre mes distances, et ainsi éviter la confidence trop pesante. Mais je dis plus facilement qu'avant ce que je pense, en prenant le risque de déplaire. C'est moins par provocation que par franchise. Je n'aime pas peiner pour autant. Je perçois vite le manque d'écoute ou la dérision qu'elle entraîne chez l'interlocuteur.  Je me retiens parfois de dire sans réflexion préalable. Je ne sais pas toujours où je mets les pieds. "Je travaille tous les jours à faire des progrès dans la bienveillance" comme me le disait EVARISTO le peintre espagnol rencontré pendant mon enfance Ardéchoise et revu à l'âge adulte à Lyon. Sa méthode me semble la plus sage, mais pas la plus facile à réaliser, il y a tant d'hostilité, de menace et d'indifférence autour de nous. Ce soir je vais terminer la lecture du recueil de Béatrice de Jurquet, publié à la Rumeur libre, et dont le titre est parfait :  Si quelqu'un écoute. Sans point d'interrogation ni d'exclamation, sans même de points de suspension, un défi tranquille... cela me va sans aucune hésitation. Si quelqu'un écoute... Pourquoi pas ?