AJ 60+2

AJ 60+2 | Il nous sera de plus en plus difficile de rentrer dans le rang désormais. Cependant l'idée de rangement et d'élagage du signifiant va prospérer au milieu des livres amis. "Faire place nette" à la manière Duras, autant dire, accepter la fiction pour absorber le trop perçu, endiguer le trop su, ne garder que le filet de sens qui va guider les prochains pas d'écriture. Personne ne lit vraiment jusqu'à la lie, et n'absorbe l'amertume de chaque livre, ce serait avoir à recracher le noyau explosif des certitudes. A courir les bibliothèques et les librairies, on entend tout le temps des cris enfermés entre la première et la quatrième de couverture, que l'on peut aujourd'hui appeler les aguicheuses, même les collections blanches emploient de l'encre rouge et des bannières à images pour attirer les lecteurs... On veut peut-être voir, du premier coup d'oeil, le visage de ce qu'on va lire, comme pour prévoir l'émotion à l'avance, pour éviter le pire et ne garder que l'important. Pas de vagabondage ou de badinage, le temps est trop précieux, sans cesse subtilisé par le grand capital des marchands de lumière artificielle. J'aime lire à l'aveugle autant qu'en éclairée, suivre la trace d'une vie dans les mots qu'elle a choisis de partager. J'aime les fulgurances littéraires perdues au beau milieu des pages écrites, les pépites de savoir et de sensibilité, les commentaires inédits sur soi et quelques autres. Je n'ai jamais aimé les péplums, les livres savants d'histoire qui écrasent la singularité du petit peuple. Je déteste les stades à cause de leurs revers guerriers de centres de détention et de surveillance. J'aime les chants des stades ( de loin) pour la démonstration du cri universel réprimé dans la vie civile. La revanche vocale des gens de peu. Dans un champ, j'aime toutes les fleurs, même les plus discrètes, les plus improbables dans la bataille de la visibilité. Pour lire, il faut aimer. Ce n'est pas toujours facile à faire. Pour lire,il faut être aimé(e). C'est toujours à refaire...On y est pour beaucoup car on ne peut pas changer l'autre,lui dicter un don aussi extravagant. Il faut donner d'abord sans esprit de retour. C'est à perte qui pourra...Il en est certains ,à qui l'on donne tout et qui ne rendent rien par ignorance ou par peur de perdre leurs privilèges. Les receleurs d'amour ne sont pas les plus riches, et les spéculateurs sont ruinés d'avance. 20|02|17 6h30.

SCULPTURE de Winfried VEIT Expo Cathédrale St Maurice à VIENNE (38)