Mardi 17 Janvier

Le froid s'aiguise comme des lames de couteau derrière les volets métalliques. Le vent fabrique l'inquiétude des oiseaux et de tous ceux que le besoin d'abri taraude. J'ai revu hier au soir, Vladica, Giordana, Michaelo et Mélissa dans leur foyer de demandeurs d'asile et cela m'a fait chaud au coeur. Ils vont bien, un bébé grandit dans le ventre de sa mère et tous regardent le cliché de l'échographie comme une nouvelle chance de bonheur. Je suis fière d'habiter dans un pays où il est (encore) possible de créer du vivant et du lien pour fabriquer les humains de demain, plus solidaires, plus ouverts à la nouveauté, plus heureux de ce qu'ils se donnent les uns aux autres. Pouvoir à nouveau embrasser ces gens-là, si simples , si gratifiants dans leur façon de prendre la vie comme elle se donne et leur manière de remercier avec un rire et des gestes d'accueil. Embrasser ces enfants -là comme j'ai embrassé les miens, leur parler , les entendre essayer de me parler avec des mots incompréhensibles "dober den", non, je ne comprends pas dans le même idiome, mais on se comprend quand même, on gesticule, on improvise, on écrit, on fait des dessins... on se débrouille et ça circule bien entre nous. On mange, on boit ensemble, on joue... La confiance est là. On regarde l'avenir, et l'avenir, ce sont ces petits-là, ces petits caramels tendres et mous, qui en auront vu de toutes les couleurs depuis le froid de la rue et des cabanes d'avant, de toutes les ambiances hostiles ou protectrices a minima, de tous les bains linguistiques depuis leur naissance et qui sont pourtant furieusement joyeux, arrimés au corps de leurs parents aimants et rudes à la fois. Leur amour réciproque se sent, il est leur rempart contre le désespoir d'une vie démunie. Ils me donnent une leçon de courage et de persévérance... une leçon de vie... Ce ne sont pas des assistés, ce sont des guetteurs de joie de vivre...