On ne peut rien dire d'une telle journée. Les mots ont pris les formes angulaires et grises de gravier de cimetière. Les pas ont glissé pourtant, sans la moindre difficulté, un peu de neige et de givre ont bordé nos coeurs tristes. Le soir s'est installé, le défunt aussi, très silencieusement. On a bu du vin, du thé, du café, mangé de la brioche et du saucisson cuit. On a feuilleté de très vieux albums de famille. On a raccommodé les souvenirs comme on rafistole le costume de jute éventré des épouvantails de jardin. Une sorte d'obscénité du dire qui redonne une apparence acceptable à la pensée vivante.