IL FAIT UN TEMPS D'INVENTAIRE...

Le temps des archivages est venu...Inventaires, tri sélectif, recherche de contenants étanches, réaménagement de l'espace à lire, repérages pour retrouver des auteurs, des livres que j'appelle livres sentinelles et qui caractérisent mon attachement à certaines explorations de l'intime dans un esprit de vérité et de don sans contrepartie. Lectures plaisir, lectures désir au delà de mon nombril... 

J'ai aimé parler de cela hier au soir avec cet ami, pourtant non proche redécouvert à cette occasion qu'il a suscitée. Il est un poète Lyonnais qui a mon âge et qui a vécu l'aventure des revues collectives, du théâtre de poche, des lieux dédiés à la poésie et au théâtre de quartier. Il ne se plaint pas, certain d'avoir su  supporter l'indifférence, les amitiés opportunistes et labiles, le travail de création sans perspective de reconnaissance. J'apprécie sa constance après tout ce temps à côtoyer les acteurs locaux de la cause poétique. Il se débarrasse de certaines de ses archives et m'y a donné accès avec générosité. Nous avons soulevé chaque livre, chaque revue en les commentant, cherchant à retrouver la mémoire d'un auteur inconnu ou reconnu et les anecdotes qui s'y rattachenr... Impression de lire des épitaphes de façon plutôt joyeuse... Prise de conscience aigue de la fuite du temps et de la vanité des publications. L'enthousiasme de la prospection et de la découverte me plongent dans un état de rêverie ininterrompue. Presque trois heures de dialogue où j'ai appris une multitude de choses concernant des ami.e.s ou connaissances commun.e.s, et pu comparer nos affinités et nos réserves assez souvent communes. Mais le constat est là : la lecture est une solitude au long cours avec quelques passerelles miraculeuses et de nature éphémère.Le savoir intellectuellement ou banalement ne suffit pas. Il faut l'éprouver mentalement et physiquement en manipulant du papier vieilli pour s'en convaincre...Je le fais comme si j'effectuais un rituel d'ordre sacré... L'apparition tient lieu de petit miracle furtif... Je souris en écrivant cela, car je reconnais et revendique même ma passion pour les traces du passé, l'histoire des gens, proches ou non, et l'impossibilité de reconstituer les parcours dans leurs détails les plus authentifiés. J'en arrive à me poser les mêmes questions que Bernard Noël sur la fonction de l'écriture pour fabriquer de l'oubli de façon volontaire. Tout s'efface, mais sous quelles conditions et convictions ? La réponse se loge sans doute dans un monologue et quelques conversations de circonstance... Je ne redoute pas pour l'instant ce travail d'apprentie documentariste fantaisiste...