DORS MON GAS | Théodore BOTREL

Mercredi 25 Janvier

Il n'y a pas de quoi faire autrement que d'avancer dans les journées qui s'agglutinent. Déambuler en soulevant les pieds, cherchant une autre manière d'équilibre. C'est comme marcher en forêt, sans trop savoir où la tête se perd à chercher le passage. Une forêt après tempête, savamment désorganisée, où chaque organisme animal, minéral ou végétal tente , en silence, de sauver sa peau. S'imprégner des couleurs et des odeurs, tenter d'épuiser la liste des sensations et des souvenirs qui s'y rattachent. Ne pas perdre le nord. Pas trop de temps pour écrire avant de partir au travail. Espérer que la fatigue du soir n'empêchera pas le retour à la page blanche à remplir sur l'écran.

Préparer les obsèques de l'oncle en Beaujolais m'occupe la tête dès qu'elle ne vaque pas aux choses habituelles : les rituels du soir, la conversation, le repas rapide, les mails à lire , les réponses à faire... Je suis  allée chercher dans mes archives des photos du défunt. Son fils m'a envoyé une page autographe qui récapitule sa vie militaire. Il l'avait rédigée en 2014. C'est extrêmement émouvant. Une vie inventoriée en 47 lignes, qui dit mieux ? La vie civile n'est pas évoquée, sauf lorsque l'épouse le rejoint au Viet-Nam en Février 1954. Elle est toujours vivante. Que pense-t-elle ce soir de ce compagnon qui a décidé de se faire inhumer en Beaujolais dans le caveau où sa mère repose depuis bientôt 70 ans aux côtés de ses propres parents qu'elle avait beaucoup aimés ( fille unique, choyée et instruite, bachelière... dans un milieu paysan).

Ce soir, j'ai envie de chanter une berceuse à mon oncle et à son fils ( unique lui aussi...). Elle date de 1904. "Dors mon gas" de Théodore BOTREL. Elle a sans doute été chantée au piano à l'oncle et à ses deux frères... Emouvant cela aussi...