Forêt d'Azergues...

 

Voici une photo déjà ancienne, au moins vingt ans... On y voit la neige au soleil sur les vestiges d'une chapelle démolie pendant la révolution française. C'est une table improvisée, apparemment inamovible, et que personne ne songerait à déplacer, elle contient une partie de la mémoire villageoise. Une mémoire ensevelie que l'on ne peut retrouver autrement que dans les archives municipales ou le livre  écrit par un passionné d'histoire qui doit être mort ou très très vieux aujourd'hui. Ainsi s'efface le souvenir de gens qui ont traversé cette clairière, qui ont décidé d'y ériger une croix, la croix  St ROCH, patron des pestiférés, offerte par Jean Marie Corcelette je crois, un donateur pieux et généreux. La croix est fleurie presque en toute saison par une descendante du Sieur nommé plus haut. J'ai pris l'habitude d'y ajouter des fleurs ramassées en lisière de forêt. Cet anonymat relatif du bouquet permanent me plaît. L'hiver pour le maintenir, c'est un peu plus difficile. Il m'est arrivé de ramasser des bogues, des chataîgnes non comestibles, des glands, des noisettes, des brindilles, des bruyrères, des pommes de pin  et des fougères pour créer des compositions  sur le creux en forme de grande assiette se trouvant sur un côté de la fausse table. Avec l'été et l'eau peuvent y flotter des fleurs. C'est une sorte de mandala en pleine forêt que je laisse en pensant aux promeneurs qui vont le trouver, le modifier ou le détruire. J'aime cette idée de création éphémère avec les moyens du bord. Elle est propice à la rêverie en écoutant le chant des oiseaux.