Jeudi 2 Février

Impossibilité d'écrire tout ce qui a traversé l'esprit depuis la mort de l'oncle paternel, ses obsèques en Beaujolais. Une rafale de mémoire a déferlé sur mes pensées au point d'obstruer le passage des mots sur la page blanche. C'est ce que j'appelle la superposition des époques où domine le sentiment aigu du passage du temps et la contiguité troublante des destins. Dans cette vieille photo de vendanges est condensé tout ce qui s'est sédimenté dans le passage d'une génération à une autre, avec ses drames, ses dépossessions, ses joies éphémères et ses non-dits blindés. La suite des événements prouve que chacun a su trouver son sol de fertilité, avec plus ou moins de bonheur et d'insouciance. Les dégâts relationnnels sont pourtant suffisamment importants pour qu'on puisse imputer à la mort prématurée d'une mère et à la guerre, tout le négatif de ce qui a été vécu dans la génération qui suit cette photographie extrêmement émouvante à mes yeux.