Une vidéo insolite pour REdémarrer mes notes 2019 sur ce site personnel. 

Fascination bête pour le son d'un goutte à goutte au fond d'un évier de poterie. A côté, deux étudiantes des Beaux-Arts, aux Subsistances où je viens pour la première fois. Je reviens d'une journée difficile, l'ami Claude CHALAGUIER, nous a quittés, et ses obsèques m'ont bouleversée, parmi tous ceux et celles nombreux qui l'ont aimé... Je n'arrive pas à rentrer directement chez moi, j'ai besoin d'un sas, d'un espace à flotter parmi mes pensées tristes et nostalgiques. La mort a frappé plus de six fois dans mon entourage amical et familial ces dernières semaines et je ne sais plus comment désamorcer la charge de déflagration mentale de cette accumulation de disparitions plus ou moins proches. Je me sens comme exilée au milieu d'un champ de désolation où la consolation ne sait plus à quels visages se vouer, les gens ont l'air de se tenir, se retenir , et seuls les plus sensibles osent parler et montrer ce qu'ils ressentent. La mort est banale, elle est une éventualité prévisible qui rend sa survenue concevable, mais qui reste irréelle lorsqu'on la voit débarouler...  La vie continue, elle n'a pas le choix , il faut honorer le courage des survivants, je sais qu'ils en bavent et qu'ils sont seuls , terriblement seuls dans leur chagrin. C'est ce qui me donne envie d'écrire, de garder la ligne de démarcation entre la vie et la mort avec des mots nouveaux, même éculés et ressassés, ils sont nécessaires pour ne pas sombrer dans le découragement et l'ataraxie. Plus on meurt autour de moi, et plus je pense à ma propre mort  ou à celle de mes proches et je résiste à la tentation de la dérision et de l'indifférence à celle des autres autour. La mort est nécessaire, elle n'est pas suffisante pour justifier qu'on la déclare triomphante. Il nous faut la tenir en respect.

 En attendant, je contemple les gestes des étudiantes, leurs mains sont au contact de l'argile humide dans lesquelles elles font naître des formes , l'une fabrique une sorte de rectangle épais qu'elle aplatit avec difficulté, l'autre cisèle une petite forme de cheval au galop. Dans la salle à côté, un jeune homme fait lever les parois d'une sorte de vase large à fond plat, sa technique est étonnante, car il n'utilise pas de tour, et recherche délibérément l'imperfection dans son volume qui prend des formes bizarres et imprévisibles, je discute avec lui et il me raconte son projet avec une joie tranquille. La forme modelée est amenée à disparaître car il prépare une "performance" où de l'eau sera versée au milieu du vase pour le faire fondre...  Cela me ramène au goutte-à goutte du robinet qui fuit... Ma pensée tourne en boucle, la vie est d'argile et d'eau, et tout ce que je vois et comprends en témoigne... Je quitte l'atelier en remerciant les jeunes gens. Ce moment insolite m'a permis de revenir dans ma vie ordinaire, sans oublier les moments forts  et très tristes du jour.