Jours et ajours

 

 Ma vie, aujourd'hui, comme une lande, avec ses touffes 

d'espoir qui sèchent au soleil, les bosquets d'arbres ombreux

au loin, si loin qu'ils ne peuvent que paraître miroitements

vagues du désir. Plus proches, ces pierres lissées, qui reflètent

comme des glaces à la beauté brûlante, sont intouchables et 

d'ailleurs cessent d'être belles dès que la main les approche.

 

Dans cette lande, la seule survie c'est de rester immobile et

passif. Tout regard, pour n'être pas mort et vivre le sang qui

passe. Mais tout regard simplement.

Bien plus loin, sur les lignes plates das horizons crépitenr ces

minuscules silhouettes, insaisissables à l'oeil qui scrute. Ce

sont des chimères. Vraies pour elles-mêmes, sans doute,

irréeelles pour moi.

Au fur et à mesure que e désert s'étend, toujours plus

éclatant, changeant à tout instant, là ces volutes d'air chaud,

là ces fausses ombres qui sautent ( un oiseau altier peut-être

passe ), je m'installe dans l'immobilité relative. Je tourne sur

moi-même, ne cessant jamais de balayer autour de moi, à

l'affût du moindre indice de changement.

C'est ainsi que peu à peu j'avance sans bouger.

 

Quand la fatigue vient, qui est toujours de si courte durée,

sous les paupières un instant abaissées, l'homme pétrifié se

voit marcher, aller vers l'horizon, ceui où on  se perd et, sans

penser, marcher, laisser derrière lui ce sol renouvelé qui

s'attache à ses pieds. Le réveil vient de n'avoir jamais rien

quitté : là ou ailleurs le désert est semblable et, là-bas,

derrière la ligne, le rêve mi-salvateur dit que tout est pareil.

Alors la force d'être seul à savoir cela du monde redevient la

raison de tenir debout, veilleurs universel, et pouvoir peu à

peu, dans le silence, devenir la statue.

 

Il y a un moi en moi, un petit assassin, un briseur de beauté

qui s'agite. Une petite flamme insidieuse, un feu foller, qui

s'empare d'un marteau pour casser la matière pétrifiante

dont je suis fait. C'est un moi impuissant, petit rebelle 

inconsistant qui s'endort peu à peu et s'étouffe, comme la

dernière flamme d'un feu de veillée exténué.

Demain n'a pas de sens et le passé non plus. La  statue entre

dans l''éternité. Elle n'a même pas de mort à attendre. là je

suis, là je reste, mes doigts figés dans le dernier miot à écrire,

qui ne veut toujours rien dire.

 

 

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