Tu m'as devancée dans le silence

 

Tu m'as devancée dans le silence

dans ce plus de silence

entre vague et sable

 

le deuil me dévêt

le deuil m'exile

 

Silence parcouru d'ondes et d'échos

 

Espace creusé

pins accrochés sur le vide

brume  soleil   brume

 

Quelqu'un       me murmure à l'oreille

Tu as le signe des sauvages

des fous des voyants

 

L'Absent célèbre mes ruptures

Orphée chant mes vertiges

 

Contre moi s'acharnent

les chiens

sacrificateurs dans loi

 

au sol        je me vois

éparse       démembrée

 

puis debout régénérée

 

juchée sur de très hautes dunes jaunes

 

je glisse en douceur dans une mer verdoyante

forêt vierge    jungle

mon chemin à nouveau se dégage

 

Entre vague et sable    je dérive

reflet d'un petit nuage très blanc

 

je me coulerai

 

bulle goutte flocon

 

partie en évanescence 

à la crête des vagues

 

Malangés à l'écume mes pleurs

fécondent les champs de la mémoire

 

Larmes larmes     rendez-nous les prés

où nous folâtrions enfants

 

écartez le froid couperet du Tribunal

libérez la déferlante du rêve

 

Nous deviendrons fruits de la douceur

mâchés par la bouche des dieux

 

Eve dit

Je célèbre la vie avec la pulsation verte de mon sang

sur les feuillles frissonnantes de l'Arbre qui essaime

et prolifère par toutes les pores de ma peau

Insolente naïade      femme première

et future

qui naît et renaît de toute mort

à chaque fois méconnaissable

 

Es-tu 

la Nouvelle ou l'Ancienne

la blessée ou la triomphante

 

Que de turbulences en tes passages

 

Mais je vois les larmes éclairer ses yeux

douleur et joie confondues

 

Je la vois s'incliner devant la beauté du Voyage

prête à l'imprévu

sans armes ni bagages

recueillant l'or du silence

 

 

Geneviève VIDAL | vêtue de vent | 2014

jacques andré éditeur |coll. POESIE XXI